Hôtellerie de luxe : Lyon fait la course aux étoiles pour rattraper son retard

Ouvertures, rénovations… D’ici à 2018, le parc des chambres de luxe aura explosé.
Malgré le risque de saturation, plusieurs entrepreneurs locaux investissent sur ce créneau porteur.

Les étoiles pleuvent sur les hôtels de Lyon. Les projets d’établissements toujours plus luxueux se multiplient. Les derniers qui viennent d’ouvrir en attestent : le 4 étoiles Okko de 85 chambres, en décembre 2014, suivi, en décembre 2015, du détonnant boutique-hôtel Fourvière, dans l’ancien couvent de la Visitation. Situé sur le haut des amphithéâtres romains, à deux pas de la basilique, le site vaut le détour. L’entrée de l’hôtel est un spectaculaire hall polychrome, l’ancienne chapelle du couvent restaurée à l’identique. Puis les sculptures de l’artiste Pablo Reinoso guident les hôtes vers leurs chambres, d’anciennes cellules au luxe épuré meublées de manière contemporaine. Un personnage lyonnais peint en fresque les accueille sur le seuil de la porte tandis que les grands thèmes de l’histoire locale, Guignol, les canuts, le cinéma, sont théâtralisés dans les parties communes.

Intérêt fiscal

Au total, 299 chambres de cette catégorie sont apparues dans la métropole ces trois dernières années. Auxquelles il faudra bientôt ajouter les 245 du Radisson, juchées dans les derniers étages de la tour Part-Dieu. L’heure du réveil a sonné pour le plus gros établissement de la ville, en sommeil forcé depuis trois ans en raison de lourds travaux de désamiantage et de reconstruction qui auront coûté plus de 50 millions d’euros. Les déboires du Grand Hôtel, rue Grolée, propriété du groupe italien Boscolo, fermé par arrêté de péril depuis décembre 2014, n’ont pas refroidi les investisseurs dans un secteur rentable, et fiscalement intéressant. Les industriels locaux se lancent à leur tour dans le business touristique, à l’image de Jean-Claude Lavorel (ex-PDG de LVL Médical), qui a repris le Hilton de la Cité internationale, ou du groupe de BTP Maïa, qui construit un hôtel 5 étoiles sur la colline de Fourvière. Le centre de Lyon comptera bientôt 200 chambres 5 étoiles de plus (aujourd’hui la métropole en compte 343) avec l’ouverture de l’Intercontinental, programmée en 2017-2018 dans l’ancien Hôtel-Dieu. « On en manquait cruellement au regard du rayonnement touristique de la région », souligne Laurent Jaumes, président de la Chambre des hôteliers à l’Umih du Rhône. « Les palaces de cette qualité sont capables de tirer toute une ville, comme ça s’est vu à Marseille », confirme Stéphane Botz, spécialiste du secteur chez KPMG.

Pas de navire amiral

Cette soudaine inflation risque-t-elle de virer à la saturation ? « Non, assure Laurent Jaumes, le rythme des ouvertures n’est pas si effréné, autour d’une par an. Le marché est tout à fait capable de les absorber. » Le taux d’occupation n’a pas baissé et 2015 a été une année exceptionnelle avec une croissance de 5 % de l’indicatif RevPAR (revenu par chambre disponible), un indicateur de performance dans l’hôtellerie. C’est même dans les catégories supérieures que le nombre de nuitées a le plus progressé (+ 9 %). « Lyon, avec son dynamisme économique, a acquis une notoriété internationale dans le tourisme d’affaires, estime Stéphane Botz. Elle est en train de conquérir des parts de marché sur Barcelone, Zurich, Milan. Sans oublier le très fort déploiement du tourisme de loisir. Sa croissance paneuropéenne profite à toute la profession. » Mais le secteur doit être vigilant. Lyon possède déjà la deuxième capacité hôtelière française après Paris, avec près de 15.000 chambres. Dont 3.149 clefs supplémentaires apparues entre 2011 et 2015. « Le prochain schéma directeur hôtelier en cours d’élaboration à la métropole devra être plus contraint », prévient le propriétaire de l’hôtel Roosevelt. Les professionnels pointent du doigt l’absence de locomotive. « Nous sommes le seul établissement 4 étoiles de plus de 200 chambres dans Lyon. Il en faudrait deux ou trois autres pour attirer les grands congrès internationaux », confirme Sonia Guillet, directrice commerciale du Radisson. En 2015, le Bureau des congrès a comptabilisé 63 événements. Pour Valérie Ducaud, sa directrice, « cela fait vingt ans qu’on attend un vaisseau amiral de 500 chambres pour pouvoir organiser des conventions d’entreprise ». L’appel est lancé.

Léa Delpont, Les Echos

Les chiffres clefs

Taux d’occupation des hôtels lyonnais. Le prix moyen des chambres est de 124,6 euros par nuitée.

supplémentaires d’ici à 2 ans sur un total de 343.